Nous, prisonniers politiques basques, voulons porter à la connaissance de la société basque l'aggravation de la situation dans les prisons françaises depuis le début de l'année, et l'informer des luttes que nous avons initiées. Les conditions de vie des prisons françaises ne sont pas, loin de là, enviables, même si elles ne sont pas comparables à la tension quotidienne vécue par nos compagnons emprisonnés en Espagne. Ainsi, le système carcéral français est le plus conservateur d'Europe, tout juste sorti du XIXe siècle. Le système lui même n'est pas humain; les prisonniers basques, à l'instar des autres prisonniers, souffrons dans notre chair de ce système. La condition de prisonnier ne suffisant pas, on nous inflige les peines d'éloignement et de dispersion, au cas où... Nous ne supportons pas toutes les conséquences de cet état de fait, et la souffrance de nos familles n'est pas à sous-estimer. Nous avons tous en mémoire les accidents qui ont eu lieu sur les routes nous séparant du Pays Basque. Cependant, nous tenons pour responsables des accidents graves qui pourraient survenir toutes les personnes qui garantissent la pérennité de cet éloignement illégal. En commençant par la ministre Guigou, et ce jusqu'au dernier petit notable qui refuse obstinément le rapprochement et le regroupement des prisonniers politiques basques, revendication pourtant porté par la grande majorité de la société basque. Guigou ministre de l'(IN)justice française nous a gratifiée d'extravagantes déclarations concernant le rapprochement. Contre le rapprochement, pour être plus clair. D'après ses dires, nous ne pouvons " pas bénéficier d'aucun traitement de faveur". Pourtant, la réalité est tout autre. Si, en effet, notre condition politique ne nous est pas reconnue, nous avons l'occasion de "goûter" au traitement de faveur de l'Administration. Les mots du ministre n'ont pour autre but que de justifier l'injustifiable. L'attitude du gouvernement français est véritablement révoltante. Car, si l'Etat français garantit ses lois et les droits de l'Homme, alors nous ne sommes pas, à ses yeux du moins, des humains, et si nous en sommes, nous sommes des humains de deuxième catégorie, des citoyens sans droits. Il n'existe pas de mot assez fort pour dénoncer cette abjection. Que demandons-nous de plus que l'accomplissement de leurs propres lois par les Etats? Ces lois qu'ils appellent de leurs vœux à l'heure de réprimer les basques, et qu'ils oublient si vite dès lors qu'il s'agit de garantir nos droits. Est-ce donc un privilège que ce que nous demandons? Madrid refuse d'appliquer la loi envers nous. Nous ne pouvons pas attendre le moindre changement de la part de Paris, bien au contraire. Les luttes que nous avons menées jusqu'à présent n'ont pas connues d'autres réponse que l'aggravation de la situation des prisonniers, par le biais de la dispersion et des transferts. Si en 1997, nous étions dispersés sur 11 prisons, nous nous trouvons actuellement dispersés sur 22 prisons différentes aux quatre coins de la France. De plus, pensant enrayer nos actions, ils nous séparent à l'intérieur même des prisons, en nous incarcérant dans différentes divisions. Et nous ne parlons pas des problèmes auxquels nous sommes confrontés quotidiennement. D'autre part, nous nous devons de rappeler le régime d'exception que subissent nos compagnons incarcérés à Fresnes. Fresnes est une véritable machine à broyer les prisonniers, une prison spécialement destinée à anéantir ceux qui y sont incarcérés et à effrayer les autres prisonniers, une prison punitive, en somme. Nous en voulons pour preuve les derniers événements qui s'y sont déroulés, au cours desquels deux prisonniers basques ont été sauvagement tabassés (l'un d'eux eût un os déplacé). Suite à ça, les prisonniers entamaient une action de protestation au sein de la prison, et se voyaient tous placés au mitard. Nous ne pouvons plus accepter les conditions de détention de la prison de Fresnes. Cet accident fut la goutte qui a fait déborder le vase. Parce que les coups que nous portent l'Etat français sont de plus en plus fréquents, de plus en plus durs. Au vu de cette situation, nous avons décidé de reprendre l'initiative afin de trouver une solution à cet état de fait. Nous avons donc fait le choix de relancer la dynamique impulsée voici plus de trois ans au sein des prisons françaises. Si cette dynamique peut connaître des modes d'action qui diffèrent d'une prison à l'autre, nous avons la ferme intention de poursuivre notre lutte et de ne renoncer à aucun prix. Nombre d'entre nous sommes restés enfermés au mitard pendant un mois, et actuellement, certains s'y trouvent encore. Nous avons pratiquement tous été sortis de force du mitard pour être placés en suivant en isolement. En clair, nous continuerons la lutte jusqu'à obtention de nos revendications. Il va sans dire que la durée de cette lutte sera déterminée par l'attitude des dirigeants de l'Etat français. Nous continuerons nos actions de protestation tant que nous ne serons pas regroupés dans un même bâtiment au sein des différentes prisons, tant qu'il restera un seul prisonnier basque à Fresnes, tant que perdureront les procédures d'expulsion vers l'Espagne et tant que nous ne seront pas ramenés au Pays basque. Mai 1999 |
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