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COMMUNIQUE DE PRESSE - MARS 2002

COLLECTIF DES PRISONNIERS ET PRISONNIERES
POLITIQUES BASQUES

Deux ans se sont écoulés depuis le dernier communiqué du collectif des prisonnier(e)s politiques basques. Cela nous a donné l'occasion d'analyser calmement le processus de changement politique qui est en train d'être mené au Pays Basque et de mener nos propres analyses et apports. Cela fait bien longtemps que nous n'avons pas fait connaître notre avis, mais nous avons durant ce laps de temps continué à lutter sur notre terrain, en liant la lutte en faveur des droits que l'on nous refuse quotidiennement avec le processus de libération d'Euskal Herria.

Il y a longtemps que nous luttons pour la défense des droits que les états français et espagnol nous nient, et plus récemment, depuis janvier 1996, nous menons une lutte permanente. Nous n'allons pas nous attarder sur une chronologie de la lutte et un bilan de celle-ci, tout le monde connaît ce que vous avez réalisé dehors et nous dedans. Cependant, il nous semble important de se remémorer quelques passages de ce long et lourd parcours :

RAPPEL

- Au cours de cette longue lutte contre l'atteinte aux droits des preso et la Dispersion, nous avons obtenu le soutien d'une grande majorité de la société basque, en faisant que celle-ci prenne le relais de nos revendications et de nos luttes. L'expression d'Euskal Herria fut amenée des places de villages, usines et écoles jusqu'aux institutions, en arrivant à différents accords au niveau de celles-ci : Mairies, Fors, Parlement de la Communauté Autonome Basque, Parlement Européen...

- Même si nous avons vaincu la dispersion aux niveaux politique et social, le manque de garantie du respect de l'expression des citoyen(nes)s basques, nous en interdit la réalisation pratique. En conséquence, les conditions de vie des preso ont empiré ces dernières années ; nous sommes toujours dispersés ; ceux et celles d'entre nous qui ont accompli les 3/4 de leur peine sont toujours otages ; on nous passe toujours à tabac ; les membres de nos familles et nos ami(e)s sont aussi condamnés que nous, ont des accidents de la route, se voient refuser les visites... Les atteintes aux libertés se font de plus en plus constantes.

- Dans le même temps, les états français et espagnol nous utilisent comme monnaie d'échange au cours de leurs échanges politico-économiques. D'autant plus lorsqu'ils édictent des lois comme celle que l'on nomme Watson couvrent ces manoeuvres éhontées. Nous en voulons pour preuve "l'extradition temporaire" appliquée à Josetxo Arizkuren. Nous savons fort bien que le but de ces manoeuvres camouflées est d'opérer à des remises de police à police, ou à mieux dire, des "cadeaux" de tortionnaires à tortionnaires. En portant ainsi doublement atteinte à nos droits de citoyen(nes) basques.

- Dans le but d'annihiler la résistance du collectif, les assauts de l'ennemi se sont portés vers les organisations, avec les opérations menées contre les Gestoras et Senideak. Car il ne fait pas de doute que l'existence des preso politiques constitue le symbole essentiel et continu du conflit politique entre la France, l’Espagne et Euskal Herria.

- En Euskal Herria, on ne peut défendre les droits humains de tout le monde, on ne peut défendre les droits des preso, on ne peut dénoncer ta répression... À mesure que les droits civils et politiques sont gravement bafoués, en partie à cause de la participation du Collectif, la militance se trouvant dans les organisations mises en accusation est de plus en plus importante. Cela démontre clairement l'état d'exception appliqué à Euskal Herria, car c'est plus particulièrement aux militant(e)s de la gauche abertzale que cela s'adresse, mais qui va s'appliquer à quiconque luttera contre les états français et espagnol.

- En deux mots, au même titre que nous, qui sommes retenus en otages dans les geôles françaises, espagnoles ou autres, c'est l'expression et les Droits d'Euskal Herria qu'ils enferment sous couvert de l'armée et de la constitution.

RÉFLEXIONS

Afin qu'Euskal Herria puisse jouir pleinement de ses droits, il est obligatoire de changer le cadre politique actuel. Un peuple, doit pouvoir disposer d'un cadre spécifique propre pour que ses droits soient respectés. Les cadres autonomiques actuels sont caducs, car ils n'ont pas permis que les droits de ce Peuple soient reconnus et garantis, ni faire taire les oppositions au morcellement territorial.

Nous voyons aussi EA, IU et le PNV se complaire dans cette situation pour défendre leurs intérêts personnels et de partis. L'attitude fuyante de ELA, qui bien que clamant que le cadre actuel est dépassé, ne passe pas des paroles aux actes lorsqu'il s'agit de mener des avancées significatives pour la construction nationale, en n'activant pas son potentiel en faveur d'Euskal Herri. En voulant gagner des espaces par le discours politique, mais, pour activer des espaces pour la construction nationale.

Après tout ceci, la plateforme Batera, en faveur des droits des preso politiques, est en sommeil, car certains pensent qu'il faut défendre les droits des preso selon la conjoncture et en fonction de certaines conditions. Ils nous utilisent, nous preso politiques, à leur guise lorsqu'ils ont besoin de se faire une virginité. Et l'on pourrait en dire tout autant au sujet du Pacte de Lizarra-Garazi.

Les cadres politiques de la France et de l'Espagne sont les cadres de la guerre. À l'issue de ces bruits de guerre, ils créent et développent des institutions nationales en Euskal Herri. L'euskara, l'enseignement en euskara sont des outils indispensables afin de répondre aux attaques contre les droits sociaux, économiques et politiques et pour articuler Euskal Herria en tant que nation.

À mesure que l'Europe se construit, Euskal Herria doit avoir sa place dans cette Europe, une place où l'on reconnaîtra son expression propre et tous ses droits, avec toutes les garanties de développer des relations normales avec les autres pays d'Europe et de défense de ses droits,

INFORMATIONS

Nous sommes partie prenante dans l'engagement présenté par la Gauche abertzale en faveur de la paix et de la construction nationale. Et dans le même temps, nous lançons un appel aux acteurs sociaux afin qu'ils souscrivent au même engagement. Voici ce qui amènera la paix au Pays Basque, la justice qui est due à ce Peuple : accepter le droit à l'Autodétermination et la reconnaissance d'Euskal Herria, respecter l'Expression du Peuple et mise en place de garanties de son respect. Nous avons lutté pour défendre tout cela, et c'est pour cette raison que l'on nous a arrêté(e)s, torture(e)s et enfermé(e)s. Notre engagement dans cette lutte est le même, toujours aussi ferme, dehors comme en prison.

Précisément, dans le but de mieux remplir notre engagement dans la lutte, un débat intense surgit il y a quelques temps au sujet du front nous concernant. C'est là une des raisons de ce long silence de la part du Collectif. Il est très difficile de mener un débat en prison, et ce d'autant plus, à cause de la dispersion. Cependant, la volonté de lutter du Collectif permet de passer au-delà de toutes les embûches, et nous pouvons dire fièrement, bien que toutes les phases du débat ne soient pas remplies, qu'il est très enrichissant pour renforcer et développer les bases de notre lutte.

Dans le même sens, au-delà de la répression que nous font subir les états français et espagnol, nous tenons à dénoncer clairement des partis et politiciens qui ont utilisé le Collectif afin de mener deux manoeuvres : d'une part Aralar, qui a adressé des courriers aux membres du collectif sans tenir compte de la situation du Collectif et de ses Interlocuteurs ; et de l'autre, l'intoxication de Arzallus du PNV qui a évoqué les preso en deux occasions, alors que nous démentons toute enquête réalisée par ETA auprès de nous. Eux-mêmes sauront où ils veulent en arriver, mais qu'ils ne nous utilisent en aucune façon que ce soit.

DÉCLARATTONS

Pour terminer, voici les déclarations que nous tenons à faire :

- Nous tenons à adresser nos plus grands remerciements et un chaleureux salut à tou(te)s les citoyen(ne)s qui tout au long de ces années ont travaillé au sein des organisations comme Gestoras, Koordinaketa, Gureak et Senideak, pour tout le travail mené en faveur des droits des preso et de la chaleur et aide qu'ils nous ont fait parvenir. Milesker !

- Nous voulons souhaiter la bienvenue aux nouvelles organisations Askatasuna et Etxerat. Des temps très durs sont à prévoir dans la défense des droits d'Euskal Herria et des preso, mais nous n'avons aucun doute sur le fait que vous allez mener à bien votre travail, malgré toutes les attaques juridiques et policières. Les dictateurs et inquisiteurs de tous poils ne parviendront pas à anéantir le travail de toutes ces années.

Tenez bon !

- Du fait de notre emprisonnement et au nom de la solidarité entre les peuples, nous exprimons notre solidarité sans faille et rendons hommage aux prisonnièr(e)s politiques turcs et membres de leurs familles qui mènent cette terrible grève de la faim et appelons Euskal Herria à exprimer publiquement sa solidarité et dénoncer de la même manière les assassinats et répression subis.

- De la même manière, nous saluons les camarades qui sont sorti(e)s à l'issue de leur condamnation. Nous leur lançons un appel afin qu'ils mènent une nouvelle vie et continue, comme ils l'ont fait lorsqu'ils étaient en prison, à lutter. Une partie de vous restant avec nous lorsque vous sortez, vous savez que c'est nous qui sortons vers la liberté avec vous. Vous savez que nous allons tenir, et que nous allons amener notre participation au processus politique d'Euskal Herria avec notre plus grande force. Nous tenons à rendre un hommage particulier à Manu Muinos, notre camarade qui vient de décéder et à exprimer nos profondes condoléances à Alizia. Besarkada beroa eta muxu goxoak !

- Nous rendons hommage à ceux et celles qui ont donné leur vie dans la lutte pour la libération d'Euskal Herria : Patxi Rementeria, Ekain Ruiz, Urko Gemkagoitia, Zigor Aranbam "Aranba", Jazinto Goni " Naparra", José Luis Arrieta "Azkoiti", Olaia Kastresana, Valentin Castellon "Txomin", Félix Sarriegi et à Inaki Saez et Asier Saez qui sont morts alors qu'ils allaient rendre visite à un preso. Nous reprendrons le témoin qu'ils nous ont laissé et promettons que nous allons le défendre avec la même dignité que celle dont ils ont fait preuve.

- Pour terminer, nous voulons rappeler les revendications du Collectif des preso politiques :

- Presoak kalera ! Car nous avons le droit de prendre part au processus politique.
- Nous revendiquons, entre-temps, le droit d'être en Euskal Herria.
- Libération des camarades ayant accompli les 3/4 de leur peine.
- Liberté pour les camarades souffrant de maladies incurables.
- Reconnaissance du statut de preso politique.

En cette veille d'Aberri Eguna. Nous appelons tou(te)s les habitan(te)s à célébrer, ainsi que nous allons le faire du fond de nos cellules, l'Aberri Eguna en faveur de l'Indépendance d'Euskal Herria et du Socialisme, et sachez vous autres qui dehors vous consacrez corps et âme à la lutte pour la liberté d'Euskal Herria que nous sommes à tout moment avec vous, si ce n'est physiquement tout du moins moralement.

VIVE LE PAYS BASQUE LIBRE ! !
VIVE LE PAYS BASQUE SOCIALISTE ! !

Mars 2002
Collectif des Prisonnières et Prisonniers Politiques Basques

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