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Texte de la conférence de presse du 1 novembre 2005

ASKATUSUNA et ETXERAT

LE MOUVEMENT POUR L'AMNISTIE A DÉNONCÉ
LA MORT DE JOSE ANJEL ALTZUGUREN DANS UNE CONFÉRENCE DE PRESSE

Dans une conférence de presse réalisée lundi 1 novembre 2005 à l'appel du Mouvement pour l'Amnistie, l'avocat Jon Enparantza pour Askatasuna et Etsanis Etxaburu pour Etxerat ont fait part de leur analyse de la mort du prisonnier politique basque JOSE ANJEL ALTZUGUREN "KOTTO".

À ces deux représentants du Mouvement pour l'Amnistie, se sont joints les parents d'Oihane Errazkin, deux élus de Bera (Oskar Goñi et Josu Goia), deux amis de KOTTO et un groupe de proches et membres des familles de prisonniers et réfugiés politiques basques.

Le premier à prendre la parole a été Jon Enparantza, au nom d'ASKATASUNA. Il a tout d'abord fait le point des informations dont nous disposons à ce jour sur les circonstances de la mort de Kotto.

Selon Enparantza, "l'Audience Nationale espagnole a ordonné l'arrestation et l'incarcération de Kotto ainsi que celles d'Ainhara Fresneda et Imanol Larrañaga pour qu'ils accomplissent la fin de la peine qui leur avait été infligée, et ce sans aucun avertissement préalable. Sans prendre en compte le changement terrible que cela suppose pour des personnes se trouvant en liberté conditionnelle.

Dans le cas de KOTTO précisément, l'Audience Nationale espagnole l'avait condamné à une peine de 7 ans de prison. Ses avocats avaient déposé un recours en appel, en conséquence duquel la Cour Suprême espagnole a ramené la peine de 7 à 5 ans. Compte tenu de ces éléments et du fait qu'il avait déjà passé trois ans et demi en préventive, KOTTO avait déjà accompli les deux tiers de sa peine, et aurait du rester en liberté conditionnelle. Pourtant, bien que la loi espagnole dise le contraire, l'Audience Nationale a ordonné l'arrestation de KOTTO.

Dans ce cas, de plus, nous savons tous de quels graves problèmes de santé il souffrait.

Après avoir été arrêté à nouveau par la Police espagnole, après avoir du subir la façon dont cette arrestation a été réalisée, il a été transféré à Iruña puis à Soria, et nous pouvons dire sans l'ombre d'un doute que les conditions qui lui ont été imposées là-bas (seul dans un module et seul dans une cellule) ont directement influencé sa mort. Ils étaient au courant depuis le premier instant de la situation de santé préoccupante de Kotto. Il en avait informé dès le début les policiers qui l'ont arrêté, ce qui avait été ensuite confirmé à l'hôpital, et c'est avec une ordonnance du médecin qu'il était arrivé à Iruña d'abord, puis à Soria. Nous pouvons donc dire que dans cette prison, loin de prendre les mesures nécessaires, ils ont créé les conditions de la mort de Kotto. Au lieu d'appliquer le protocole prévu pour ce genre de cas, ils lui ont appliqué la dispersion. Autrement dit le protocole de la mort.

Pour cela, nous disons clairement que cette mort est un assassinat, car des pas ont été faits dans la politique conçue justement dans ce but. Et le responsable direct de cet assassinat est le PSOE: le gouvernement de Zapatero.

L'existence d'un conflit politique commence à être reconnue, la nécessité d'une résolution aussi, dans toutes les déclarations faites autour du processus de paix. Et quand, après avoir entendu tout cela, nous nous retrouvons à nouveau avec le corps sans vie d'un prisonnier politique basque, notre question est simple: s'ils veulent résoudre le conflit politique, pourquoi maintiennent-ils cette politique criminelle ? 19 morts parmi les prisonniers, déjà 16 parmi leurs familles, voilà le résultat de cette politique. Que cherchent-ils donc ? Nous pensons et nous disons que tant qu'ils maintiendront cette attitude, il n'y aura pas de pas conséquent vers la résolution du conflit. C'est impossible. En deux ans, 10 citoyens basques ont perdu la vie, en raison principalement de la politique pénitentiaire. Cette situation est incompatible avec une véritable volonté de résoudre le conflit politique: exiger la disparition d'une des parties, en, provoquant tant de souffrance, mettant des morts au milieu du débat. Comme nous l'avons dit hier. De cette façon, c'est impossible. Et Zapatero devrait le savoir.

La stratégie de guerre, l'oppression en général et la politique pénitentiaire en particulier continuent de plus belle. Nous exigeons leur abandon immédiat. Nous exigeons des gouvernements qu'ils orientent leur politique pénitentiaire vers la résolution du conflit.

C'est notre responsabilité à tous de faire en sorte que de tels évènements ne se reproduisent plus jamais; le Mouvement pour l'Amnistie appelle tous les agents politiques et sociaux à y mettre toutes leurs forces. Et spécialement ceux qui ont soutenu cette politique pendant de longues années, qu'ils mettent la même énergie et qu'ils s'impliquent autant qu'ils
l'avaient fait à la mise en marche de cette politique pour la désactiver. Pas pour se nettoyer la conscience, mais pour aider à impulser la résolution dont ce peuple a besoin.
"

Après l'intervention d'Enparantza, c'est le porte-parole de l'association ETXERAT qui a pris la parole, et qui a fait part des déclarations de cette organisation. Voici, mot pour mot, les paroles d'ETXERAT :

"Nous voulons faire parvenir nos condoléances et notre solidarité à la famille et aux amis du prisonnier politique basque Jose Angel Altzuguren Kotto. La mort de Jose Angel Altzuguren Kotto, prisonnier politique basque de Bera, a mis en évidence les objectifs que poursuivent la France et l'Espagne avec leur politique de dispersion. Alors que moins d'une année est passée depuis qu'ils nous ont enlevé Karmele Solaguren qui allait voir son fils en prison, voilà qu'aujourd'hui ils tuent le citoyen de Bera Jose Angel Altzuguren Kotto. Le terrorisme d'État entraîne la mort; le terrorisme des deux États, mené dans l'intention de détruire nos proches emprisonnés, entraîne la mort et la souffrance, tuant, blessant, frappant aussi bien des prisonniers que des membres de leur famille, en obligeant certains à faire des grèves de la faim et de la soif pour obtenir des conditions minimales de détention; la violence des États réduit au silence des médias, des partis politique, des institutions. La dispersion est un calcul politique. La mort de Jose Angel Altzuguren Kotto est donc un calcul des deux États.Si ce peuple veut connaître un avenir différent, nous devons en finir une fois pour toutes avec la politique de dispersion, nous devons ramener les prisonniers basques au Pays Basque avec le statut politique, et nous devons pour cela prendre des engagements, au-delà des paroles, des engagements qui se transcrivent en actes. Les États ont clairement fait savoir qu'ils veulent poursuivre la politique de dispersion, qu'ils ont l'intention de continuer de nous tuer, nous et nos proches emprisonnés. Quelqu'un peut-il croire qu'une solution est possible dans ce pays alors qu'ils continuent de nous tuer, tant que les morts, les blessures provoquées par les États, les conséquences de la dispersion, sont notre pain quotidien ?

C'est de la colère que nous ressentons en ce moment, une profonde colère parce qu'ils ont tué Kotto, ils nous l'ont enlevé en toute impunité. Une profonde colère, parce que ce pays, en raison d'intérêts partisans, n'est pas en train de mettre toutes ses forces pour en finir avec la dispersion. Pour cela, nous lançons deux appels aujourd'hui.

D'une part, nous voulons faire savoir aux partis politiques et aux syndicats que nous souhaitons nous réunir avec eux pour savoir ce qu'ils ont l'intention de faire face à ce nouveau crime d'État.

D'autre part, nous voulons appeler l'ensemble de la société basque à prendre part aux rassemblements silencieux qui seront organisés par Etxerat dans les villages et les quartiers vendredi prochain en fin de journée sous le thème "Kotto, nous t'aimons, le Statut Politique maintenant ! Les Prisonniers Basques au Pays Basque!".

En effet, ces instants, alors la politique de dispersion vient de nous enlever un autre compagnon, sont pour pleurer, en souvenir de Kotto. Mais ce sont également des instants pour réfléchir, des instants pour méditer sur ce que nous sommes prêts à faire pour en finir avec la politique de dispersion.

Nous avons besoin d'engagements, des engagements tant en paroles qu'en actes pour en finir avec la dispersion, et pour, avec les prisonniers politiques basques, faire des pas vers une résolution du conflit. Qu'est-ce qu'on attend ? Nous, famille et amis de prisonniers et de réfugiés politiques basques, posons la question à la société basque : qu'est-ce qu'on attend ?"

Ensuite, les deux représentants du Mouvement pour l'Amnistie ont réitéré l'appel aux mobilisations suivantes:

Aujourd'hui mardi

Rassemblement devant le siège du PSE à Iruña à 13h.
À Bilbo, Gasteiz, Donostia, Donibane Lohitzune, rassemblements devant le local du PSOE et à la gare de Donibane Lohitzune (Saint Jean de Luz).
Le corps de Kotto arrivera à Bera entre 15h30 et 16h.

Mercredi

Manifestations l'après-midi dans les villages et quartiers d'Euskal Herria.

Vendredi

ETXERAT lance un appel spécial à réaliser des rassemblements dans tous les villages et quartiers d'Euskal Herria. Nous demandons également aux agents sociaux et politiques d'y prendre part, et, à cette occasion, de s'y exprimer sur leur propre lecture des faits, et sur ce qu'ils peuvent faire face à cette situation.

Pour finir, Enparantza a lancé un autre appel spécial à la Guardia Civil : d'abandonner l'occupation du village de Bera, et de ne pas se montrer dans les actes et mobilisations qui y auront lieu ces prochains jours. Euskal Herria veut rendre hommage à un de ses fils aimés, et Enparantza a demandé que cette douleur soit respectée, précisant que nous n'accepterons pas de menaces de la Guardia Civil.

Euskal Herria, le 1er novembre 2005

ASKATASUNA
14 Bourgneuf Karrika 64100 Baiona / 14 Rue Bourgneuf 64100 Bayonne
Tel / Fax : 00 33 5 59 59 01 84
askatasuna.eh@free.fr

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