CONTEXTE DE L'AFFAIRE

Egoitz Urrutikoetxea a été arrêté le 3 avril 2000. Accusé d'avoir participé à des affrontements avec les forces de l'ordre après la dispersion de la manifestation en soutien à Daniel Derguy, le 25 février 2000, à Baiona, il a été incarcéré. Pour bien comprendre l'enchaînement des événements ayant conduit à son arrestation, il convient tout d'abord de restituer le contexte exact dans lequel cette action a été menée.

GREVE DE LA FAIN ILLIMITEE

La manifestation de Baiona du vendredi 25 février 2000 fut l'expression d'un réel état d'urgence. En effet, Daniel Derguy, prisonnier politique basque incarcéré dans la prison française d'Osny, achevait son 61ième jour de grève de la faim. Il se trouvait alors dans un état de faiblesse extrême, à la limite de la mort. Il abandonnera d'ailleurs son jeûne au 63ème jour, soit deux jours après la manifestation, épuisé et avec des séquelles irréversibles.

Rappelons qu'il participait ainsi à la grève de la faim illimitée entreprise par l'ensemble des prisonniers politiques basques depuis le 1er novembre 1999, afin de réclamer leur rapprochement et le respect de leurs droits fondamentaux, comme le préconisent les différents textes européens (Parlement Européen, Conseil de l'Europe, Comité pour la prévention de la torture, ONU ...) ratifiés par l'Etat français. Le jeûne de Daniel Derguy est le plus long mené dans le cadre de cette revendication.

Notons également que la revendication du rapprochement des prisonniers politiques basques est souscrite par une large majorité des mouvements, organisations et associations, du Pays Basque, et aussi par certains mouvements de niveau national français, tels que les Verts.

Le cas de Daniel Derguy a eu un écho très important. De nombreuses mobilisations de soutien ont été organisées tout au long de la grève qu'il a menée (manifestations, rassemblements, interpellations d'élus,...). Pourtant, aucune mesure allant dans le sens du rapprochement des prisonniers politiques basques n'a été prise par les autorités publiques. L'urgence de la situation et l'immobilisme des autorités ont ainsi fait monter la tension au Pays Basque.

LA MANIFESTATION DU 25 FEVRIER A BAIONA

La manifestation était prévue à 19h30. Cependant, l'ambiance était électrique dès le début de l'après-midi. Daniel Derguy était en danger de mort sans pour autant que l'Etat français ne modifie sa politique vis à vis des prisonniers. Au contraire, les provocations à rencontre de Daniel Derguy se sont multipliées tout au long de la semaine : menaces de transfert de l'hôpital en cellule, refus d'accorder un droit de visite à une délégation politique venue du Pays Basque, refus d'octroyer les visites en cellule à Daniel Derguy et même obligation de descendre au parloir alors que le moindre effort était pour lui surhumain, refus de le transférer à l'hôpital civil de Baiona alors même que la direction était prête à l'y accueillir... La présence massive de policiers en civil dans les rues du Petit Baiona (un quartier de Baiona) n'arrangeait pas la situation ; d'autant plus que ceux-ci prenaient un malin plaisir à provoquer les militants. Une demi-heure avant la manifestation, un jeune était contrôlé par trois policiers en civil, faisant preuve d'une attitude extrêmement provocante : " on t'a à l'œil, on te laisse partir mais la prochaine fois on t'aura " ... Un autre jeune était quant à lui arrêté, et emmené au commissariat pour une garde à vue de deux jours et une convocation au tribunal de Baiona ... parce qu'il était en possession d'un pétard d'artificier qu'il avait l'intention de lancer en début de manifestation afin de faire du bruit ! Notons que ce genre de pétard est en vente libre dans n'importe quel magasin de farces et attrapes. C'est dans cette ambiance tendue que la manifestation s'est déroulée.
Une fois la manifestation terminée, des altercations ont eu lieu entre un groupe de personnes et les forces de l'ordre. Deux policiers furent blessés, et quatre véhicules incendiés. Un article du quotidien Sud-ouest a rapporté les faits, qualifiant la situation de " confuse ", " gaz lacrymogènes contre cocktails Molotov " (article du 28 février 2000).

Egoitz n'a jamais nié avoir participé à la manifestation de soutien à Daniel Derguy. Mais il affirme aussi ne pas avoir pris part aux affrontements. Pourtant, la parole d'un seul policier, qui dit l'avoir reconnu, semble suffisante pour le faire arrêter et incarcérer.

Il est aisé d'imaginer la stupeur et l'incompréhension d'Egoitz, d'autant plus que des témoins se sont spontanément présentés pour expliquer qu'ils étaient avec lui au moment des faits, et qu'il n'est absolument pas impliqué dans cette histoire. Leurs témoignages concordent. Mais, ils ne sont pas pris en compte par les enquêteurs.
Ainsi, Egoitz reste détenu à la Maison d'Arrêt de Baiona depuis le 04 avril 2000. Il clame son innocence mais il n'est malheureusement pas entendu.

QUELQUES INTERROGATION QUANT AUX FAITS

Les affrontements ont eu lieu lors de la manifestation de soutien à Daniel Derguy, le 25 février 2000. Les témoignages des policiers sont formels : c'est bien Egoitz Urrutikoetxea qui a frappé un policier en civil lors de ces affrontements. Ne sommes-nous pas en droit de nous poser quelques questions ?

  • Pourquoi avoir attendu le lundi 3 avril, soit plus d'un mois, pour procéder à son arrestation ?
  • S'il a été formellement reconnu par un policier, pourquoi attendre si longtemps pour l'arrêter ?
  • Et pourquoi le priver maintenant de sa liberté, alors qu'on l'a laissé vivre au grand jour et poursuivre ses activités habituelles durant plus d'un mois ?
  • Serait-il devenu tout à coup un danger ?

LES VRAIS RAISONS DE L’ARRESTATION

Egoitz Urrutikoetxea, est depuis novembre 1999, l'attaché parlementaire du député européen d'Euskal Herritarrok (coalition électorale du Pays Basque Sud) Koldo Gorostiaga. Il est notamment responsable de la mise en place à Baiona de la permanence du député. Le travail du député européen est donc aujourd'hui fortement entravé. En effet, l'incarcération d'Egoitz Urrutikoetxea repousse d'autant l'installation de la permanence parlementaire de Koldo Gorostiaga et freine la défense des projets des acteurs sociaux politiques du Pays Basque devant le Parlement européen (témoignage de Koldo Gorostiaga). Rappelons aussi qu'en décembre 1997, les 23 membres de la direction de HB (Herri Batasuna), ont été arrêtés et condamnés à 7 ans de prison, pour " collaboration avec bande armée ", après avoir diffusé dans des spots électoraux une vidéo présentant " l'alternative démocratique " de l'ETA, véritable et unique document de paix établissant les propositions de l'organisation armée pour arriver à la résolution du conflit basque. Ce procès et cette condamnation, intervenus dans une période d'extrême tension, furent d'ailleurs rapidement qualifiés de résolution politique. En juillet 1999, la sentence a été cassée par le Tribunal Constitutionnel espagnol.
En juillet 1998, le journal Egin est fermé.

Une perquisition au siège d'Herri Batasuna à Donostia est effectuée en février 1999. Elle sera ensuite reconnue illégale, et la restitution du matériel perquisitionné sera ordonnée.

Le 10 mars 1999, un responsable de la cellule internationale de HB, Mikel Egibar, est arrêté. Puis, 8 autres membres de cette cellule suivront, dont Gorka Martinez, et Elena Beloki responsable de la section Europe. Ces derniers s'étaient pourtant volontairement présentés devant les autorités espagnoles au moment de la première arrestation, un an auparavant, pour savoir ce qu'il en était de leur cas, et si Mikel Egibar devait être incarcéré.

Ces exemples démontrent bien les tentatives effectuées pour entraver de façon permanente le travail de Herri Batasuna/EuskaI Herritarrok. On est en droit de supposer que l'arrestation de l'attaché parlementaire, Egoitz Urrutikoetxea, pour le député européen d'Euskal Herritarrok, Koldo Gorostiaga, entre dans la même optique. D'autant plus qu'un événement survenu quelques jours avant l'arrestation d'Egoitz Urrutikoetxea corrobore cette thèse.

LA DECOUVERTE D’UN MICRO-EMETTEUR SOUS LA VOITURE

Le 21 mars 2000, Egoitz Urrutikoetxea découvre sous son véhicule un dispositif permettant de le suivre à distance et même d'écouter les conversations se déroulant à l'intérieur du véhicule. Il organise une conférence de presse pour dénoncer les faits et présenter le matériel trouvé, et porte plainte pour atteinte à la vie privée. Une semaine plus tard il est arrêté. Etrange coïncidence.

Connaissant désormais le contexte dans lequel se déroule l'affaire Egoitz Urrutikoetxea, ne peut-on légitimement s'interroger sur l'arrestation d'un attaché parlementaire, sans doute jugé un peu trop actif, et ce sans autre preuve que le témoignage d'un unique policier ?