TEMOIGNAGE D'EGOITZ URRUTIKOETXEA DEPUIS SA CELLULE

~ 29 avril 2000 ~


Cette fois ci, la foudre de la répression française est tombée sur moi, mais cela aurait pu arriver à n'importe qui d'autre. Depuis le 4 avril dernier, je suis incarcéré à la Maison d'Arrêt de Bayonne, accusé d'avoir blessé un policier à la fin d'une manifestation pour les prisonniers, le 25 Février 2000 à Bayonne. Depuis je suis donc enfermé, même si j'ai toujours nié les faits qui me sont reprochés.

Les raisons de mon emprisonnement sont basées sur les déclarations d'un seul policier. A l'endroit même où ses collègues n'ont rien vu, ni reconnu personne, ce policier affirme catégoriquement m'avoir reconnu. Il est vrai qu'avant le début de la manifestation, alors que plusieurs jeunes se dirigeant au rassemblement se faisaient contrôler, le policier en question m'avait, semble-t-il, déjà reconnu et nous avons eu un petit accrochage verbal, qui ne lui a sans doute pas plu.
Lors de mon premier passage devant le juge, je lui ai tout d'abord affirmé que je n'avais rien à voir avec les faits qui m'étaient reprochés, et je lui ai par la suite dit qu'il me semblait que cette affaire n'était rien d'autre qu'un montage policier, voire même une vengeance. Par contre, selon le juge, le fait de n'avoir rien déclaré au commissariat et celui d'avoir déjà été condamné pour une autre affaire, confirmaient tous ses soupçons. Tout laisse à penser que le choix de rester silencieux est devenu un délit dans cette sacro-sainte démocratie.

Même le plus ignorant peut se rendre compte du lien qui existe entre le fait d'avoir retrouvé sous mon véhicule un système de surveillance le 21 mars 2000 et de porter plainte pour cela, et mon incarcération.
Pour bien comprendre ma situation, voici quelques questions et réflexions :

• Si un policier m'a reconnu le jour même de la manifestation, pourquoi ne m'ont-ils pas arrêté en suivant ? Pourquoi ne m'ont-ils arrêté qu'au bout de six semaines ?
• Le policier qui m'a identifié comme étant celui qui lui aurait donné un coup de pied a transmis ces déclarations le 25 mars, c'est à dire le lendemain même de la conférence de presse où je dénonçais la découverte d'un système de surveillance sous ma voiture. Le jour même de la découverte, le 21 mars, j'avais déjà mis au courant toute la presse de cette affaire. Qui peut encore penser que ce n'est rien d'autre qu'une coïncidence ?
• Lors de mon interrogatoire, il a été longuement question de la découverte de ce système de surveillance, il était évident que compte tenu des questions et des réflexions qu'ils m'ont faites, ils étaient bel et bien au courant de cette histoire. Après m'avoir demandé ironiquement si je n'avais pas moi-même fait l'installation, ils m'ont affirmé que de toute façon, ma plainte n'irait pas très loin, car le fait d'avoir mis ce système n'est pas illégal.
• Je me rappelle qu'à mon arrivée à la prison de Bayonne, on m'a dit qu'il était possible que ce ne soit pas moi qui aie blessé le policier, et que pour sortir de prison, il me suffisait juste de dire qui était la véritable personne.

Après cet exposé des faits, je réaffirme qu'en tant que militant, je suis victime d'un acharnement policier et d'un montage. Mon incarcération ne leur suffisant pas, ma famille et mes proches subissent aussi des pressions. Ainsi, ils ont dû passer par le commissariat et être interrogés avant d'obtenir le permis de visite. Il n'y a pas de mot pour qualifier ce chantage et cette vengeance.

Le fait d'utiliser de telles méthodes pour faire taire les militants montre bien la position de fermeté des états français et espagnols, qui gouvernent au Pays Basque, face à l'expression de liberté et de démocratie. Cela démontre, qu'aujourd'hui, il existe bien peu de conditions démocratiques pour les basques.

Tous ces politiciens, hommes et femmes de loi, soi-disant journalistes, qui parlent à gorge déployée de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, feraient bien de se taire ou bien d'abandonner leur faux semblant, et d'accepter de dire clairement qu'au Pays Basque c'est la raison d'Etat qui prévaut.

Et qu'ils sachent que c'est parce que nous voulons être des hommes et des femmes libres dans un Pays Basque libre que nous n'allons pas nous soumettre."

Egoitz URRUTIKOETXEA
Maison d'arrêt de Bayonne,
le 29 avril 2000.