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Février 1983 : le pouvoir socialiste récemment installé à Madrid se dote d'une véritable machine de guerre contre le peuple basque : le plan ZEN (Zona Especial del Norte - Zone special Nord). Lois d'exception, contrôle de la population, répression policière accentuée, action psychologique et désinformation seront les ingrédients de ce plan, destiné à en finir avec le "problème basque". Ces moyens légaux étant jugés insuffisants, une autre offensive parallèle se prépare, celle de la guerre sale. Dans les bureaux des ministères, dans la pure lignée des groupes para policiers qui sévissent depuis le franquisme, on organise le G.A.L (Groupe Antiterroriste de Libération). Des escadrons de la mort près de chez vous. Le GAL aura pour objectif l'élimination physique des réfugié(e)s politiques basques résidant sur le sol français. A ces cibles s'ajouteront celles des militants indépendantistes du Pays Basque Nord, et la population en général. C'est un climat de terreur qui sera instauré par le biais d'attentats indiscriminés. De 1983 à 1987, 40 attentats, 27 assassinats et 30 blessés. Voitures piégées, mitraillages de bars, enlèvements, coopératives incendiées... pendant 4 ans, le Pays Basque Nord connaîtra un rythme d'attentats en série (à peu près un tous les 15 jours) qui rappellent la sombre époque de l'OAS. Ce terrorisme d'Etat, qui n'a rien à envier aux pratiques utilisées par les dictatures, sera un maillon supplémentaire de la stratégie utilisée par les gouvernements espagnol et français contre la volonté d'autodétermination du Pays Basque. Tortures dans les commissariats, rafles, conditions déplorables dans les prisons... au nom de la démocratie, tout est bon pour réprimer. Des cicatrices qui ne se ferment pas. Le 16 octobre 1983, Joxi Lasa et Joxean Zabala, jeunes réfugiés politiques, sont kidnappés à Baiona. Ce sera la première action signée par le GAL. En mars 1995 leurs corps sont retrouvés à la morgue d'Alicante. Ils les avaient enterrés dans un champ, recouverts de chaux vive. Pendant plus de 10 ans, on a caché leurs cadavres. Pour les amis et parents, la certitude que Joxi et Joxean avaient été sauvagement torturés et assassinés ne faisait pas l'ombre d'un doute. L'autopsie ne fera que confirmer leur calvaire : ongles arrachés, tiges d'acier enfoncées dans les gencives, coups portés par des barres de fer, balle dans la nuque. Le silence complet a régné autour de cet enlèvement, tout comme autour de la plupart des actions du GAL : aucune condamnation, aucun incident diplomatique, aucun compte demandé aux responsables. Si ces escadrons de la mort ont pu agir impunément, c'est parce qu'ils ont été couverts politiquement et médiatiquement par les autorités espagnoles... et françaises. IMPLICATION ACTIVE DE LA POLICE FRANÇAISE (retour en haut) De nombreux éléments montrent une implication importante de différents services de police ou tout au moins de plusieurs fonctionnaires français dans les activités du GAL. 1) Le troublant article du Nouvel Observateur du 24 août 1984 intitulé : "Quatre fronts contre ETA ", qui détaille les différents aspects de la stratégie madrilène contre l'organisation basque et notamment l'utilisation de la guerre sale. 2) Les réseaux "Coquilles" et "Furet" (articles d'El Mundo et d'El Pais). Il s'agit de réseaux de policiers ou gendarmes français collaborant directement et officieusement avec la police espagnole. 3) le "GAL français " de F. Alvarez, ancien chef du commandement unique (à Bilbo) de la lutte contre-terroriste et inculpé dans le dossier de l'enlèvement de Segundo Marey par le GAL : "en plus du GAL bleu, vert et marron (police, garde civile, armée) il y avait celui des policiers français " (déclaration devant le juge Garzon le 18 juillet 95). 4) Les relations et la collaboration étroites entre Vera, secrétaire d'Etat à la Sécurité (inculpé) et Cathala (article d’El Mundo), ainsi que Galindo, colonel de la Garde civile et Boslé chef de la PJ à Baiona et plus tard coordinateur de la lutte anti-terroriste. 5) Les déclarations du commissaire espagnol Amedo Fouce :
6) Un membre du CESID (Services secrets de l'armée espagnole), témoin anonyme qui, en septembre 1996, a déposé dans le dossier de l'Audiencia Nacional sur l'enlèvement des réfugiés Lasa et Zabala. Anecdotes témoignant de la complicité de la police française NOTABLES LOCAUX : LES FOSSOYEURS DU PAYS BASQUE (retour en haut) Si l'implication des Etats français et espagnol dans l'organisation du GAL est connue, nous ne pouvons oublier celle de la classe politique du Pays Basque. Après les attentats du GAL, les réactions de Poulou, Destrade, Inchauspé et autres... (qui se déclarent contre toutes les violences) nous montrent bien la violence qu'ils condamnent et celle qu'ils soutiennent. Du RPR au PC, tous les notables, dans une sacro-sainte unité ont oeuvré contre le mouvement basque, tout comme ils le font aujourd'hui. La plupart des élus ont soutenu et protégé les actions du GAL Au lieu de condamner les actions du GAL, ils dénoncent les manifestations et actions de protestation, transformant les victimes en coupables. Les réactions des dignitaires et notables étaient significatives. En décembre 1984, après l'assassinat de Kattu, Jézéquel, sous-préfet de Baiona, ne condamne pas l'attentat et accuse les réfugié(e)s : "une minorité qui s'abrite derrière le paravent d'une communauté pacifique pour mener ses activités subversives". Après ces déclarations, arrestations et déportations vers Panama commenceront. Toujours en décembre 1984, le Conseil municipal de Baiona envoie une lettre au ministère de l'Intérieur, condamnant les protestations qui avaient eu lieu suite aux attentats et demandant plus de flics. Dans la même logique, après l'assassinat de Xabier Perez de Arenaza, le Conseil Municipal de Miarritze envoyait une lettre semblable au ministre Gaston Déferre. La majorité des élus de l'époque étaient d'accord pour demander que la répression contre la communauté des réfugié(e)s s'intensifie. C'est aussi en décembre 1984 que naîtra une polémique significative entre Destrade (porte-parole du PS) et Bernard Marie (maire de Miarritze et père de Michelle Alliot Marie) : personne ne cherchait les moyens de protéger la communauté des réfugié(e)s contre les assassins, mais ils se renvoyaient l'un l'autre la responsabilité d'un trop grand laxisme envers les réfugiés. Parfois ils sont allés plus loin en justifiant des attentats. Exemple : en janvier 1984, l'Assemblée des maires du Labourd envoyait une motion ahurissante à Gaston Déferre, comprenant les attentats du GAL et défendant la thèse de la vengeance. Le changement de position de Destrade (porte-parole du PS) est significatif : après le 1er attentat du GAL il menace le gouvernement et la police, disant qu'il arrêterait les négociations pour l'entrée de l'Espagne dans la CEE. Quelques attentats plus tard, son discours changera et il se soumettra aux propos du sous-préfet Jézéquel et de l'Etat "socialiste". Il ne dira plus rien sur les origines du GAL. Le climat, né autour de cette offensive, servira à attaquer tout le mouvement abertzale Les élus continuent de dénoncer les actions de protestations et demandent leur interdiction : "Je mets en garde contre les manifestations à Bayonne. Le RPR ne va pas tolérer longtemps cet état de choses". (Leclerc d'Orléac, adjoint à Baiona, après les extraditions de 1984). Ils se mobilisent pour l'unité nationale française ; ils organisent des manifestations de peu d'ampleur mais chargées de symbolisme : les notables dans la rue derrière le drapeau français. Ils mettent systématiquement le GAL, ETA et IK dans le même sac. Pour prendre un exemple : "la ville de Biarritz vient d'être le théâtre d'actes de violence d'une extrême gravité (voiture piégée, assassinat en plein jour). Depuis plusieurs mois notre région vit au rythme de la violence. Qui aujourd'hui ne s'interroge pas sur l'origine et la cible et du prochain attentat : le GAL ? iparretarrak ? Où ? Quand ? Comment ?" (motion du conseil municipal de Miarritze). Ils s'opposent aux revendications des basques afin de marginaliser le mouvement abertzale, en bloquant le dossier de Seaska par exemple, mais aussi à travers les déclarations de Destrade (député PS) à propos des associations Herritarki et Hitza Hitz : "je comprends mal leurs véritables motivations. Sortir cette région de l'ornière et parfois de certains aspects obscurantistes, cela m'avait paru un objectif que nous pouvions partager... Ils se polarisent autour de la situation des ressortissants basques espagnols demandant l'asile. Des objectifs indépendantistes ou séparatistes seraient-ils les seuls qui les animent ?". Ils justifient l'assassinat de sympathisants du mouvement abertzale. Déclaration de M. Poulou, maire de Ziburu, au micro de Radio Bayonne, après l'assassinat de Christian Olazkoaga :"on ne soupçonnait pas leur militantisme, ils ont été trop loin dans leurs engagements". Tout était bon pour éloigner les gens du mouvement abertzale. Ils rendaient responsables les abertzale des répercussions négatives sur le tourisme qu'avaient les attentats. UDIT (Union de Défense des Intérêts Touristiques) est né à ce moment-là, impulsé par des notables et des commerçants. Bernard Marie condamnera violemment l'attentat d'IK contre un syndicat d'initiative. A propos du GAL, pas un mot bien sûr. Il fut également question d'organiser une milice. Lhonost, maire de Donibane Garazi déclare en août 1984, dans une émission de France Inter, à la question de la concrétisation d'une milice : "quelques personnes du village sont venues, en demandant l'anonymat, pour se mettre à la disposition éventuelle de la mairie pour mener des actions". Enfin il faut rappeler quelques événements obscurs survenus à cette époque : attentat contre Xabier Manterola, celui contre Casteits, incendies dans des coopératives jamais revendiqués. Qui ? Pourquoi ? Alors même que le GAL sévissait en Pays Basque, quelques exemples de procès démontrent à quel point la justice française tenait à faire la lumière sur les affaires GALeuses : quelques petits mafieux (derniers maillons de la chaîne) incarcérés, mais dans tous les cas, les gros bonnets, les instigateurs n'ont jamais été inquiétés. OCTOBRE 1983. Deux jours après la disparition de Joxi et Joxean, 4 policiers espagnols étaient interpellés à Hendaia alors qu'ils tentaient d'enlever le réfugié basque Larretxea. Moins de 2 mois après ils étaient libérés sur intervention du préfet de police de Bilbo, qui assurait la justice française de leur présence le moment venu. Ce qu'ils ne firent bien entendu jamais. Déjà un exemple bien de chez nous de la collaboration franco-espagnole. DECEMBRE 1983. Segundo Marey est enlevé par le GAL. Une heure après le rapt, P. Sanchez est arrêté à la frontière. "A son domicile la police découvre des armes, le n° de téléphone du chef de la police de Bilbo et 43 fiches de renseignements sur les réfugiés résidant en France. Plusieurs de ces documents proviennent des renseignements généraux français ou encore de la sous-préfecture de Bayonne". (Antenne 2, 10-04-86. Reportage de l'émission Magazine) Segundo Marey fût libéré au bout de 10 jours ; il y avait eu erreur du GAL sur la personne. P. Sanchez sera mis en liberté par le juge Swahn en juin 84. En août 84, Mohamed Talbi est arrêté en Savoie : il avait été vu avec Sanchez quelques jours avant la séquestration. Ses déclarations au juge Cousteau entraînent en août son incarcération ainsi que celle de Sanchis et à nouveau de Sanchez. En août 85 Sanchez ressort de prison pour raison de santé et décède un mois plus tard d'un soi-disant cancer. AVRIL 1984. Mohamed Khiar, Bernard Roger, Yves Peijnter, Robert Maldonado, Mohamed et Yamina Mekaoufi, Daniel Schroeder ainsi que 2 parisiens ont été arrêtés et libérés rapidement. La chambre d'Accusation de Pau présidée par le juge Swahn (membre de la très à droite Association Professionnelle des Magistrats) déclara en effet nulle la procédure les concernant. Leurs noms avaient été trouvés lors d'une perquisition au domicile de Chérid, membre du GAL mort dans l'explosion de la bombe qu'il était entrain de poser sous une voiture. NOVEMBRE 1984. Yan Brouchos est relâché, la chambre d'accusation de Pau n'ayant pas statué dans les délais impartis sur une demande de mise en liberté. Brouchos, ex-para, ancien du SAC, avait été incarcéré le 13 septembre 84 pour l'incendie de la coopérative Denek. Prévenu libre il fût condamné à 5 ans de prison ferme le 2 octobre 86. Maurice : "Philippe a été arrêté. Toute l'équipe a été arrêtée, je préfère rester en sommeil, j'ai pas envie d'atterrir en cabane..." A la stupeur générale, même celle de N. Maurice qui vient d'écouter ses propres aveux, il ressort libre du tribunal. Ainsi que Bounin. Encore le juge Swahn. JUIN 1985. R. Sanchis, membre du Front National, correspondant de Minute, est relâché sans explications par la chambre d'accusation de Pau. MARS 1988. "Le fait de connaître des personnes du GAL et même de partager des idées d'extrême droite ne constituent pas une charge suffisante" explique la direction de la police d'Andorre où furent entendus et relâchés Dominique et Marie-Chantal Thomas, 2 paloises "réfugiées" en Andorre, recrutées à Pau par Christian Hittier et liées à 2 attentats en mars 85. Hittier est connu pour ses idées d'extrême droite. Il avait milité dans l'OAS et s'était réfugié en Espagne à la fin de la guerre d'Algérie. A son retour d"exil" en 77 il ouvrait à Pau un magasin d'antiquités. Passionné d'armes, il s'intéressait à tout ce qui touchait le 3ème Reich en général et le néo-fascisme en particulier. Dans une cache du GAL à Urruña, avait été découverte une photo de Christian Hittier et Patrick Bourdeau, tenancier de l'Hollywood Bar situé à deux pas du palais de justice à Pau... HITTIER et LABADE. Ces 2 GALeux avaient une passion commune : collectionner des livres et objets de l'époque d'Hitler. Ils vivaient tous deux en Andorre. Labade est une des pièces maîtresse du GAL sur la côte basque. Il y est l'intermédiaire privilégié des commanditaires espagnols à qui il rend compte de sa mission ; il va aux ordres, recrute, recueille des renseignements, organise les attentats, héberge les commandos (chose d'autant plus aisée qu'il est agent immobilier et donc dispose de logements vacants). Arrêté le lendemain de l'attentat à la moto piégée à Miarritze (15/06/84), Labade est incarcéré en même temps que P. de Carvhalho, R. Sampietro (auteurs de l'attentat) et de Bounin (dans son appartement sera retrouvé le n° de voiture d'un réfugié assassiné le 23 mars 84). Remis en liberté "sous contrôle judiciaire" le 28 novembre 84 par, encore et toujours, le juge Swahn, Labade "contacta Amedo qui le cacha en Andorre. Au bout de quelques mois, celui-ci lui dit d'aller au Portugal et d'y contacter Mario Correa da Cunha, membre des services d'espionnage, bien connu d’Amedo", confesse un ex-GAL au magazine espagnol Interview (16/03/88). |
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