TEMOIGNAGE DE FAMILLES

MAITE SISTIAGUE (mère de Joël, incarcéré à Villepinte, 1880km aller/retour)

(Témoignage fait en 2003)
Nous avons toujours été pour le rapprochement des prisonniers, mais maintenant que nous vivons cette épreuve, nous comprenons encore mieux : 18 heures de trajet pour faire 1 880 km (train + métro + RER + bus) pour 1h de parloir par semaine, quand celui-ci n’est pas annulé ou écourté… Le prix de revient chaque mois pour 3 personnes est de 396,37 € (2 600 Fr).
Nous sommes souvent confrontés aux aléas des grèves répétées des RER et métro, ce qui entraîne l’appel d’un taxi (50 € 328F) de plus de Châtelet Les Halles jusqu’à la prison de Villepinte) pour ne pas rater le parloir et arriver surtout 3/4 h avant l’heure fixée.
Pas d’activité proposée pour les politiques. Il y a un stade de foot mais pas de ballon. Ils sont soumis à un régime d'isolement. Ils subissent encore la répression au sein de la prison.

(Témoignage fait en mai 2006)
Quelle est la situation de ton fils aujourd'hui ?
Joël a été condamné à 5 ans d'emprisonnement. Avec les remises de peine, il devrait sortir dans les prochaines semaines. Il a été arrêté le 2 juillet 2002. Son procès a eu lieu en Octobre 2004 soit après 3 ans et demi de détention provisoire.

Quelles sont les conséquences pour la famille de cette incarcération ?
Sur le plan affectif, c'est une situation très dure à vivre car les visites sont courtes, de plus, pendant 3 ans, on est resté des semaines sans courrier car celui-ci était bloqué. Après le procès, le rythme a été plus régulier.
Sur le plan financier, le coût est énorme. Entre le train, les métros, le RER, le bus et parfois le taxi (les jours de grève), le trajet est fati¬gant. À ce coût financier et cette fatigue du voyage se surajoute le stress : le stress de pouvoir pren¬dre les correspondances pour arriver à l'heure à la visite. Et ce pour une visite d'une heure, dite "parloir prolongé" mais le plus souvent en réalité, cette heure est coupée en deux. C'est une expé¬rience que l'on ne pourra jamais oublier. On a apprécié le soutien de la part de gens extérieurs qui nous ont beaucoup soutenu dans ces épreuves. On a découvert une solidarité et des liens d'amitié très fort se sont créés. On ne pourra pas oublier tous ces gens qui restent dans cette tourmente.

Quels sont les premiers pas que les états français et espagnol doivent faire pour en finir avec cette situation ?
Qu'ils acceptent de dialoguer avec tous les partis politiques. Qu'ils rapprochent les prisonniers politiques basques, qu'il y ait une amnistie déjà pour ceux qui ont les dossiers les moins lourds.


MAITE ESNAL (épouse de Jakes Esnal incarcéré à la Maison Centrale de Izeure, 1300km aller/retour)
(Témoignage fait en 2001)

Voilà 10 ans que Jakes, mon époux et père de nos deux enfants est incarcéré. Dix ans que nous traversons villes et départements pour lui apporter réconfort et surtout soutien dans leurs mauvaises conditions de détention.
Le pire dans tout ça est que nous-mêmes sommes condamnés.
1ère année : privation de visite pour moi, donc voyage avec les enfants alors âgés de 20 mois et 8 ans, ceci pour une demi-heure de visite à 800 kilomètres (aller) de chez nous. Cette galère a continué pendant huit années avec changement d'établissement environ tous les 2 ans (la Santé, Fleury-Mérogis, Bois d'Arcy, Fresnes) toujours pour une demi-heure ou maximum une heure par mois.
Le droit de 3 visites par semaine ne pouvait se faire étant donné la distance, mais ce n'est pas pour autant que l'on nous a accordé de regrouper les visites. Il nous est arrivé aussi, de nous présenter à la visite, prenant rendez-vous et que Jakes soit transféré 3 ou 4 jours plus tôt. D’arriver avec 5 minutes maximum de retard (dû au transport) et de ne pouvoir avoir le droit de rentrer, 1600 Km pour rien, sachant que chaque voyage coûte entre 600 et 1000 frs. Et tout ça continue encore aujourd'hui, à environ 700 Km, bien sûr les visites sont plus longues, mais maintenant je suis obligée de voyager en voiture avec tous les risques que cela comporte.
Alors moi je pose la question : dans quel texte ou article de loi, est-il précisé qu'une famille doit être punie car elle est punie, pour quelle raison un détenu est-il toujours loin de sa ville ou de sa famille si ce n'est que pour détruire les liens familiaux et pour écraser financièrement et pour engorger encore plus les caisses de l'Etat ? Alors je vous laisse le soin de faire le calcul des frais 1000 Frs par mois pendant 10 ans ! ! !


JAKESA HARANBURU (78 ans, mère de Frédéric Haramboure "Txistor")
(Témoignage fait en 2001)

10 ans déjà que mon fils Txistor est prisonnier politique basque. Actuellement, il est détenu à la maison centrale d'Arles à 750 kilomètres de chez moi. Cet éloignement devient de plus en plus pénible : fatigue physique, problèmes financiers. La visite se fait sur deux jours ce qui implique un hébergement durant le week-end.
Affectivement, l'épreuve est très dure pour une mère de 77 ans, dont les sentiments peuvent se trouver exacerbés, ce qui se traduit parfois par des actes d'Amour que la pénitentiaire n'apprécie jamais.
A la dernière visite, j'ai voulu lui faire la surprise de 25 cl de vin du pays. Mais, il y a eu une fouille et sa suite : 3 mois de retrait de permis de visite, comparution devant le Tribunal de Grande Instance de Tarascon le 11.07.2000, suis-je gâtée ! !
Que de nombreuses difficultés ne soient pas un obstacle au combat mené pour le rapprochement des prisonniers.


MERTXE CAMY-ARIZTIZABAL (81 ans, mère de Peio Fagant incarcéré à Melun, 1800km aller/retour)
(Témoignage fait en 2001)

Cela fait depuis plus de 7 ans que je n'ai pas pu voir mon fils. Pour quelles raisons ?
- En février 1993, Peio a été incarcéré à Fleury Mérogis, jusqu'au 1er juin 1999, puis à Melun où il est encore.
- Je suis dans l'impossibilité de me déplacer depuis de nombreuses années à cause d'une maladie des jambes.
J'ai écrit pour demander le rapprochement de mon fils (avec certificat médical à l'appui) près de mon domicile à plusieurs reprises, au Ministre de la Justice, Procureur, Directeur de la prison, Président de la République. Pour Rien !
Quand l'avis favorable à sa mise en liberté conditionnelle a été donné le 11 mai 1999, je pensais revoir mon fils très vite. Mais il n'en a rien été. Au contraire, ils l'ont transporté à Melun où il est seul.
Depuis le 1er juin 1999, il m'appelle quand il en a le droit. Aussi, je reste avec le téléphone devant moi à attendre... attendre... ! Jusqu'à quand ? ? ?

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